Il n’y a rien à remettre en question

Crédit photo : Bob Lévesque 

Par François Bouchard 

J’ai longuement réfléchi avant de voir sous quel angle je voulais partager mon sentiment du 1er décembre dernier. Comme beaucoup de gens, j’étais content quand Adonis Stevenson a perdu sa ceinture par KO technique au 11e round face à Oleksandr Gvozdyk, chez moi en plus, au centre Vidéotron. Comme beaucoup de gens, je le trouvais prétentieux notre Superman. Il aurait dû assumer son statut de champion avec humilité. Je n’ai jamais aimé le personnage d’Adonis Stevenson, ça ne changerait certainement pas là! Immédiatement après sa défaite, mes pouces démangeaient et je me devais d’écrire un « ENFIN » bien senti sur les réseaux sociaux.

Ce qui a changé, c’est lorsque son état de santé s’est aggravé. Le malaise m’envahit. J’ai effacé mon statut. Comme c’est arrivé avec mon camarade David Whittom, je me sentais comme un soldat qui venait de voir un de ses compagnons d’armes se faire abattre sur la ligne de feu. Depuis ce jour, il ne se passe pas une journée sans que j’y pense. Difficile de ne pas lire les opinions de tous et chacun, que ce soit sur la personne d’Adonis ou le statut du sport qu’est la boxe, si violent pour certains, mais combien rédempteur pour d’autres. Premièrement, il y aura toujours des spécialistes et des gérants d’estrade qui vont trouver que la boxe est un sport de néanderthal, parce que le but, ça l’air que c’est de mettre l’autre type K.-O. C’EST FAUX! La boxe est un sport qui a pour but le même que tous les sports : GAGNER. Et pour y parvenir il y a plusieurs moyens. La finesse, la science, les coupures, la force physique, et j’en passe.

On dit également que la situation d’Adonis rappelle celle de David Whittom. Je crois qu’il en est absolument rien. Avec Adonis, on parle d’un champion fort de 10 défenses du titre WBC des mi-lourds, qui n’a jamais démontré des signes de défaillance. De plus, il maintenait une forme physique optimale. Son équipe qui le savait en mesure d’affronter l’adversité. Adonis était le champion et il avait les outils pour faire le travail. Ce sont les faits.

Parlant de faits, voici quelques athlètes hors boxe qui ont perdu leur combat suite à  une ou des commotions cérébrales :

• Sarah Burke, espoir olympique, jeune planchiste de 29 ans, succombe à ses blessures suite à un accident à l’entraînement en 2012. 3 ans avant, un autre planchiste avait subi des blessures à la tête sur la même piste. À noter que ni la piste ou le sport ont été bannis. • Dmitri Uchaykin, joueur de hockey russe, meurt d’une hémorragie cérébrale le 31 mars 2013 suite à un plaquage légal à la tête. • Justin Strzelczyk, décédé en 2004 à 36 ans, d’un accident de voiture, alors qu’il essayait d’échapper aux policiers en roulant sens inverse de la circulation à 140 km/h. L’autopsie post-mortem démontrera qu’il souffrait d’encéphalopathie traumatique chronique. Le terme anglophone est « punch drunk » ou «dementia pugilistica » , souvent utilisé à boxe. On parle ici d’un bloqueur offensif des Steelers de Pittsburgh… Si vous voulez en savoir plus, l’excellent film Concussion, avec Will Smith, traite du phénomène des commotions au football. Pas à la boxe, au football. • À la lutte professionnelle, Chris Benoit a non seulement connu une fin tragique, mais il y a entraîné sa femme et son fils de 7 ans. Une fois de plus, une autopsie post-mortem a été pratiquée et son cerveau s’avérait si endommagé qu’il ressemblait à celui d’un homme de 85 ans. Son cas est aussi similaire à d’autres joueurs de football. • Michael Schumacher, multiple champion de Formule 1, a vécu le danger toute sa vie en course automobile. C’est finalement à la retraite, sur les pentes de ski qu’il vivra le crash qui changera sa vie. Aujourd’hui, il est complètement invalide et ne peut marcher. De plus, lors de son accident, il portait un casque.

Le but de cet éditorial n’est pas de démoniser les autres sports ou de faire un écran de fumée. Je veux simplement de remettre en perspective que la boxe, ce sport que je pratique et enseigne depuis tellement longtemps, c’est beaucoup plus que manger et recevoir des coups et finir dans un état végétatif.  Comme les coups de poing au visage sont fréquents, c’est une discipline qui frappe beaucoup plus l’imaginaire que les exemples que je vous ai fournis. J’ai rarement vu un parent interdire à son enfant de jouer au football, au hockey ou à la planche à neige. Personne ne critique les marathoniens qui s’effondrent en pleine course. Comme tous les sports, l’athlète a sa part de responsabilité. 

Récemment, David Lemieux n’a pas pu se battre, probablement dû à une sévère déshydratation. Il suffit de penser à ce genre d’exemple pour faire une équation logique. J’ai souvent vu des amis presque se tuer pour faire le poids, même en boxe amateur. La même boxe qui ne paie pas ses athlètes et qui est censé faire développer l’aspect sportif!

Aussi, l’athlète a une grande responsabilité derrière tout cela. Brûler la chandelle par les deux bouts, l’insistance de ce battre dans une catégorie plus basse, un surentraînement, un sous-entraînement, la consommation de drogues et j’en passe. Muhammad Ali l’a fait. Bernard Hopkins est resté loin de ces démons et il demeure plus loquace que jamais à la retraite, malgré un dernier combat qui s’est soldé par une défaite par KO explosif. Est-ce qu’Adonis avait un secret bien gardé? Nul ne le sait.

Au moment de terminer ces lignes, Adonis s’est réveillé. Inutile de vous dire que j’étais soulagé de l’apprendre. Maintenant, je vais m’adresser directement à toi Adonis : Je plaide coupable de t’avoir reproché souvent ton manque d’humilité et ton opposition. Mais à la toute fin, nous sommes tous des humains, boxeurs, entraîneurs ou détracteurs. Tu es un père de famille et tu demeures un champion, avec ou sans ceinture, car ton monde, c’est ta famille, et la famille de boxe fera toujours partie de   ton monde aussi.  

#AdonisStevenson #GroupeYvonMichel

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